La fête de l’École grecque de Marseille – Les Grecs de Marseille et la révolution de 1821

La fête de l’École grecque de Marseille , organisée pour commémorer la révolution du 25 mars 1821, s’est déroulée avec grand succès; cette année, elle était consacrée à l’héroïque Exode de Missolonghi.
Les plus jeunes élèves ont récité des poèmes, tandis que les plus grands ont présenté la chronique de l’Exode avec beaucoup de sensibilité et de respect. L’événement a été ponctué de belles chansons, créant une atmosphère chaleureuse et émouvante.
La fête s’est déroulée en présence du Père Ignatios Omiliadis de l’EGLISE ORTHODOXE GRECQUE DE MARSEILLE de la Consule maritime, Madame Maria Κatsari, de M. Vassilis Eleftherios, officier de la marine grecque et des parents. À la fin de la fête, un copieux buffet a été offert par l’Union Hellénique de Marseille.
Photo souvenir : le Père Ignatios Omiliadis, le président de l’Union hellénique, M. Pierre Theodorakis et la professeure, Mme Ioanna Moussikoudi avec l’ensemble des élèves
200 ans depuis l’Exode de Missolonghi (1826–2026)
L’Exode de Missolonghi constitue l’un des moments les plus dramatiques et héroïques de la Révolution grecque de 1821, symbole de sacrifice et de lutte pour la liberté. En avril 1826, après un siège de plusieurs mois et des privations extrêmes, les habitants assiégés tentèrent une sortie courageuse, préférant un dernier effort à la capitulation. Cette année, nous célébrons le bicentenaire de ce tragique événement. Le présent article a pour objectif de rappeler le rôle important joué par le port de Marseille dans l’organisation et le soutien de la Révolution grecque, mais aussi de montrer comment ce tragique point culminant de la lutte, l’Exode de Missolonghi, a bouleversé l’opinion publique européenne et renforcé encore davantage le courant philhellénique, dans lequel Marseille avait déjà joué un rôle déterminant.
Texte de Mme Ioanna Moussikoudi, Docteure en études néohelléniques et historienne, que nous remercions chaleureusement
Ce n’est qu’au début du XIXe siècle, peu avant la Révolution de 1821, qu’une colonie grecque permanente fut fondée à Marseille, similaire à celle de Livourne, où les Grecs avaient fondé une église depuis 1775. 1816 coïncida avec la phase décisive de l’établissement définitif d’une colonie grecque à Marseille. Cette année-là, dix maisons de commerce grecques s’installèrent dans la ville en même temps, telles que celles de Panteleon Argenti, les frères Nikolaos et Théodoros Prassacachi de Chios, Théodoros Homiros et les frères Dimitrios et Konstantinos Amira de Smyrne et Nikolaos Thisséas de Chypre. Certains de ces négociants se réunirent pour la première fois en octobre 1820, afin d’inviter un archimandrite à célébrer des offices Orthodoxes à Marseille. En décembre de la même année, ils confirmèrent leur intention de fonder une église Orthodoxe et signèrent un premier Règlement, établissant ainsi la première communauté Orthodoxe grecque de la ville.
Les membres de l’Hôtel Hellénophone et de la Philiki Hétéreia ( Société des Amis) à Marseille.
Plusieurs marchands grecs de Marseille furent d’abord membres du salon philhellène L’HOTEL HELLÉNOPHONE fondé à Paris en 1809, puis de la Société des Amis. (Φιλική Εταιρεία). Presque tous les membres de la communauté grecque de Marseille soutinrent activement la lutte de leurs compatriotes et beaucoup abandonnèrent même leurs activités commerciales pour venir en Grèce offrir des services précieux.
Un membre de la Société des Amis fut l’archimandrite de Marseille, ARSENIOS YANNOUKOS, originaire de Monemvasia, qui arriva à Marseille depuis Paris au début de 1821, lorsque la demande des négociants grecs pour la venue d’un archimandrite dans la ville fut acceptée dans le cadre de leurs efforts pour établir une Église orthodoxe grecque. Arsénios avait servi dans l’armée de NAPOLEON BONAPARTE et fut l’un des plus fervents partisans de la lutte grecque à Marseille.
Petros Omiridis Skylitzis, originaire de Chios, proche collaborateur d’Adamantios Coray, développa une intense activité intellectuelle et nationale et participa ensuite à la Révolution et à la vie politique grecque. Son compatriote, Emmanuel Rodocanachi, joua un rôle de liaison clé entre la communauté grecque, les Philhellènes et la Grèce. Georges Psychas, l’un des fondateurs de la communauté orthodoxe, fut un organisateur de missions bénévoles, tandis que les frères Dimitrios et Konstantinos Amira de Smyrne allouèrent d’importantes sommes d’argent pour soutenir la lutte. Théodoros Prassacachi de Chios fut l’un des plus grands soutiens de la Révolution à Marseille et fut présent aux côtés d’Alexandre
Mavrokordato à Missolonghi pendant le Siège. NICOLAS THISSEAS , Chypriote installé à Marseille depuis 1815, fut le neveu du martyr National, l’Archevêque de Chypre Kyprianos. Il fut l’un des facteurs les plus importants de la lutte à Marseille durant les premières années de la Révolution. Il fut le principal organisateur du recrutement des volontaires et fut donc étroitement surveillé par les autorités françaises. En 1820, il partit pour Paris où il prépara le transfert de volontaires philhellènes en collaboration avec les philhellènes de la capitale. Thisséas fut, d’une certaine manière, le représentant officiel des intérêts de la lutte grecque à Marseille. Nikolaos Thisséas, avec son frère Théophile, partit vers octobre 1821 pour la Grèce révolutionnaire où ils prirent une part active à la tête de combattants chypriotes qu’ils soutenaient avec leur propre argent.
Théodoros Omiros, un marchand de Smyrne installé à Marseille depuis 1816, était lié commercialement et familialement à Petros Omirides Skylitzis. T. Omiros était un fervent partisan de la Révolution et, en raison de ses idées, était surveillé par les autorités françaises.
Dimitrios Kapoudas, consul de l’Empire ottoman et membre fondateur de la communauté orthodoxe, maintint soigneusement une attitude officielle de loyauté envers l’administration ottomane, tout en soutenant discrètement la lutte grecque, jusqu’à l’abolition de sa fonction en 1823.
Ioannis Maïs, originaire de Zakynthos, fut très actif en faveur de la Révolution : il organisa des missions de volontaires, d’armes et de fournitures, facilita la communication entre la Grèce et la France et fit la promotion de la lutte grecque dans la presse européenne, contribuant substantiellement au soutien international.
Les premiers envois du port de Marseille vers la Grèce rebelle
À partir de 1821, Marseille devint un centre important pour le rassemblement et le départ des volontaires philhellènes vers la Grèce révolutionnaire. Beaucoup arrivèrent d’Allemagne et de Suisse, souvent sans organisation ou soutien adéquats, ce qui créa des problèmes d’ordre et de sécurité dans la ville. Malgré la surveillance du gouvernement français et les restrictions sur le transport des munitions, le flux de volontaires ne s’arrêta pas.
Entre 1821 et 1822, plusieurs expéditions furent menées avec des navires transportant volontaires, armes et munitions. L’arrivée et le départ d’Alexandre Mavrokordato à l’été 1821, qui ont donné un élan au mouvement philhellène, se distinguent. D’autres missions organisées ont suivi, même financées par des soutiens étrangers, tandis qu’il y a aussi eu des cas de transport secret de munitions, comme celui des frères Kallergis, qui ont échappé à la surveillance policière.
En moins d’un an, plus de 450 personnes passèrent par Marseille pour soutenir la lutte grecque, la dernière expédition importante partant fin 1822.
La « Société de Marseille en faveur des Grecs »
Les réfugiés grecs qui fuyaient à Marseille trouvèrent un soutien spontané non seulement de la presse locale, mais aussi des autorités ainsi que de la population de la ville. Parmi les premiers Grecs à demander asile à Marseille se trouvaient trente Chypriotes qui réussirent à quitter leur île en fuyant les massacres et en se réfugiant sur des navires français. Des réfugiés de Thessalonique suivirent, mais la plus grande vague vint de Chios après le massacre de Pâques de 1822. Ainsi, la présence déjà forte des originaires de Chios à Marseille fut renforcée, les membres de nombreuses familles de négociants s’installant dans la ville, élargissant et renforçant la communauté grecque.
En mars 1823, un comité fut créé à Marseille pour aider les réfugiés grecs dans son port avec la participation des nombreux négociants de la communauté, tandis qu’en 1825 la « Société Philanthropique en faveur des Grecs » fut fondée. Cette Société caritative était dirigée par Nicolas Toulouzan, professeur au Collège Royal de Marseille et membre de l’Académie des sciences, des lettres et des arts de la ville. Ses membres comprenaient Pantaleon Argentis, Théodore Homère, Michel Petrococchino, Théodore Rakos, l’archimandrite Arsénios ainsi que des Français éminents de Marseille.
La Société a soutenu financièrement les missions destinées aux révolutionnaires grecs. Cependant, le but principal de son activité était de rassembler les enfants grecs orphelins et d’organiser leur insertion dans des écoles spécialisées. Toulouzan correspondait avec Ioannis Kapodistria, qu’il informait de l’avancement de ses actions pour la collecte et la prise en charge des orphelins.
Michel Petrococchino de Chios était également chargé de retrouver et d’acheter les orphelins, dispersés et vendus dans diverses régions d’Anatolie. Pour sa contribution de Marseille à la Révolution, il fut décoré en 1844 par le roi Othon de la distinction honorifique de chevalier de l’Ordre du Sauveur.
À partir de 1825, après l’invasion du Péloponnèse par Ibrahim, les missions de volontaires reprirent depuis Marseille. Entre 1825 et 1826, trois expéditions partirent et la maison commerciale des « frères Prassacachi » de Marseille assura les cargaisons des navires.
La Société Philanthropique en faveur des Grecs profita de la mission du navire Epaminondas, qui appareilla le matin du lundi 7 août 1825, pour envoyer une épée et un drapeau destinés au colonel Fabvier et aux héroïques défenseurs de Missolonghi. Le responsable des actions de la Société était l’archimandrite Arsenios ; le Français, M. Mollière, fut chargé par la Commission d’accomplir la mission et de la remise officielle du drapeau à Notis Botsaris, en présence de tous les Souliotes et membres du gouvernement. Le drapeau fut exposé le 5 août dans l’Église orthodoxe grecque et, le lendemain, « Après la liturgie, il fut béni, en présence des membres du Comité, des philhellènes d’Epaminondas et de toute la population grecque de la ville », comme l’écrivit Toulouzan dans la revue Ami du peuple qu’il publiait à Marseille. Malheureusement, le drapeau marseillais ne put jamais être livré à Missolonghi ( nous en ignorons la raison) , ainsi que l’épée destinée au combattant philhellène, le COLONEL FABVIER
En résumé, on pourrait dire que le port de Marseille servait de pont entre la Grèce révolutionnaire et l’Europe occidentale. À partir de là, des missions de bénévoles furent organisées, des armes et des fournitures distribuées, de solides réseaux de philhellénisme et de solidarité furent développés, tandis que la contribution de la ville s’étendait au soutien des réfugiés et des orphelins.








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